Section PCF de La Garde et Le Pradet (83)

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La Garde: au nom du PCF, Anaïs Escudier rend hommage aux Charlie

Lundi 26 janvier à 18h 30 place des libertés à La garde,à l'appel des communistes un hommage citoyen a été rendu aux victimes du massacre de Charli Hebdo

Anaïs Escudier est intervenue dont nous publions l'intégralité de son discours :

 

"Au tournant de ce mercredi 7 janvier 2015, jour inaugural d'une censure meurtrière et punitive, il importe de se retrouver entre camarades pour porter une voix unanime sur l'affaire Charlie Hebdo.

À l'effroi de cet événement a suivi un cortège d'élans de compassion, d'élans républicains, pour protester contre cette violence exécutive et réaffirmer les valeurs humanistes qui sont censées nous gouverner.

Un leitmotiv a résonné en France et dans le monde, sur des territoires de libre-pensée : « Je suis Charlie ». Au milieu du chaos et de ces visions d'horreur, la nécessité de revendiquer une identité commune, de faire vœu unanime de compassion a présidé. Cette manifestation extra-médiatique de soutien populaire aux victimes de Charlie Hebdo, (n'excluant pas les victimes juives et policières, cibles secondaires innocentes) mérite notre attention.

« Je suis Charlie », est-ce dire « Je suis libre », « Je suis républicain », « Je suis Français »,  « Je suis solidaire », « Je suis caricaturiste », « Je suis antiterroriste », « Je suis antiraciste », « Je suis humaniste » etc. ? Tant d'essences, de modes de vie et de pensées se trouvent désigner par une même formule, mondialement relayée.

 

Pourtant, « être Charlie », avant d'avoir des sens figurés a un sens propre : il désigne ce qu'étaient ces hommes, réunis d'ordinaire un mercredi pour forger ensemble, dans un rire intelligent, l’œuvre hebdomadaire commune : le désormais si populaire Charlie Hebdo.

Qui est Charlie ? Voilà ce que nous vous disons d'eux ce soir.

 

-

 

Journalistes ? Ils l'étaient.

La liberté de la presse, sur le sol français, est une marque d'expression intouchable.

Qu'elle soit informative, critique, invective, interprétative, massive ou populaire, elle est le point d'accès à un savoir, à un événement. Elle en est aussi un point de compréhension, un focus, une analyse (non sans quelques prises à parti), mais elle doit librement (et rapidement) circuler, sans entrave, sans censure. De ce mélange d'informations recueillies, sous des formes diverses (matérielles ou numériques), elle interpelle le lecteur, qui forge à sa lecture des outils de compréhension du monde.

La liberté de la presse ne supporte pas l'interdit, la restriction, la rétention informative : elle prône le rayonnement, la diversité, au nom de sa propre légitimité.

Charlie Hebdo a cette particularité de pratiquer le journalisme par la dérision, par le focus du rire. Mais le rire ne méprise pas l'actualité, ne « se moque pas du monde » : il lui donne accès d'une façon différente, en osant la diversité d'informations, par la forme vivifiante de la caricature.

 

Caricaturistes ? Ils l'assumaient.

La dérision pratiquée par Charlie Hebdo ménageait une permanente controverse, là où d'autres presses quotidiennes épuisent leurs plumes. La caricature offre une optique divergente et transgressive, mais le rire qu'elle inspire n'est jamais un appel au chaos. Elle ne soumet pas à une pensée unique, mais impose une pensée multiple, qui tisse d'improbables faisceaux de compréhension pour décrypter un événement. Oui, la caricature décrypte, décortique, dissèque les maux et travers du monde. Le trait de crayon sublime la faille, pousse la vision d'un événement dans ses retranchements. Il représente le désordre, l'écueil trop souvent occulté.

C'est cette dérision qui colore les pages froissées de Charlie Hebdo. C'est cette dérision incomprise qui a provoqué le chaos. Incomprise, censurée, brûlée, profanée, pour avoir touché, dans l'espace républicain qui la fonde, à la religion, vierge sacrée.

Peut-on rire de tout ? Lancinante question. Les partisans du rire vous diront que « oui », surtout si l'on sait rire de soi, les « profanés » leur ont dit « non ». Exécuter pour censurer l'audace de caricatures jugées irreprésentables, parce qu'un dogme religieux l'a dicté.

La caricature ne cède ni au chantage, ni aux injonctions, encore moins aux ordres religieux !

L'esprit sain de Charlie est bien de représenter les religions dans leur diversité, pour pointer avec ironie cet attachement au religieux. Une caricature n'est jamais amplement injurieuse. Ce n'est pas par intolérance, par vaine moquerie, mais pour apposer sur une croyance unique la fraîcheur de la pensée multiple. Caricaturer, c'est être libre de penser autrement. Être Charlie, c'est assumer cette liberté, ce risque existentiel, encore plus pesant désormais.

 

Libre-penseurs ? Saltimbanques ? Ils l'osaient.

La liberté de création, le pouvoir de dérision étaient l'essence même de ces Saltimbanques, poètes politiques, caricaturistes religieux. La Culture est un sursis face à l'oppression, face à l'obscurantisme. Quand l'étau de la pensée unique, incapable d'écarts, de différences, enserre le monde, l'audace culturelle, la capacité de création se répandent pour étouffer ces préceptes archaïques. Souvenons-nous de l'ampleur de caricatures réalisées le jour même du chaos pour faire acte de résistance.

« Nous sommes Charlie », au nom de cette pensée multiple.

Le droit d'ingérence s'applique aussi à la pensée : la manier avec liberté, rire ouvertement de soi et du monde : nous accédons-là aux vertus de l'épanouissement républicain, de l'émancipation humaine, qui sont des faisceaux d'espoir, que prônait Charlie Hebdo.

 

Communistes ? Ils en étaient.

Charb et Wolinsky, compagnons de route du PCF, dessinaient régulièrement dans L'Humanité, tandis que l'économiste Bernard Maris dénonçait farouchement les politiques d'austérité européennes. Leurs plumes et leurs crayons se délectaient de l'actualité politique : tous y ont un jour été travestis. La virulence de la satire, par le rire, est plus forte pour dénoncer les injustices, pointer les faiblesses, interpeller le lecteur. La caricature, en plus d'être une posture journalistique, révélait aussi une attitude politique, qui s'affichait volontiers humaniste par ses allusions politiques.

De la remise en cause du système libéraliste à la dénonciation des tendances extrémistes, fascistes ou religieuses, revendiquant la nécessité des services publics, pointant les méfaits et dérives de certaines croyances,  d'un François Hollande en « tonton flingué », d'un Mahomet débordé ou d'une Marine Le Pen rasé, Charlie ne ménageait aucune injustice, aucune forme d'oppression, aucun travers. Nier cette filiation politique de Charlie aux valeurs humanistes, n'est-ce pas proclamer sa censure ?

 

Républicains ? Nous le sommes.

Toutes les pratiques extrémistes, ostentatoires et fanatiques sont exclues du champ républicain et ne doivent d'aucune façon le censurer, en y bâillonnant les principes de liberté, d'égalité et de fraternité.

Après cet assassinat terroriste, nous dénonçons et condamnons fermement cette manipulation intellectuelle induite par une interprétation fanatique de la religion musulmane. La religion se doit d'être endormie dans l'espace public. Seul son état de veille y est toléré.

Comment lui résister ? En déployant notre puissance laïque, en étant producteurs de savoirs, en ménageant sans cesse des espaces de connaissances et d'émancipations sociales et humaines. Quand la pensée se dérobe, quand la culture s'étiole, quand l'éducation déclare forfait, elles déciment le champ de la liberté et gangrène le pacte républicain.

 

Charlie ? Peu l'étaient avant ce 7 janvier...

Depuis ce sursaut républicain, chacun confesse son attachement à l'irrévérence de ces libres-penseurs. Mais qui créditait avant l'insolence de sa plume ? Qui se souciait de la dérive financière qui impactait Charlie Hebdo, autant que d'autres presses écrites ?

Est-ce ces hommes de pouvoir, tel Valls, passant furtivement devant les caméras bras-dessus son Charlie Hebdo, le jour de sa parution ? Est-ce ce cortège indécent d'hommes d’États venus défiler sur 50 mètres lors de la marche républicaine, alors qu'ils n'appliquent parfois pas dans leur propre pays le respect de la liberté ? Est-ce la droite ou le FN, qui se plaisent soudainement à courtiser Charlie, tandis qu'ils rejetaient tantôt la virulence de sa satire, dont ils étaient la cible privilégiée ?

Le divan de Charlie, d'ordinaire occupée par la psychiatre-psychanalyste Elsa Cayat, aurait été inspiré par la « dépersonnalisation politique et la déviance médiatique » dont souffrent ces hommes politiques qui brandissent aux caméras un « Je suis Charlie », alors que la majorité vomissait tantôt cette presse. Mais il semble que même le « tonton flingué » ait trouvé là un remède à son mal : on dit que sa popularité est redorée...

Décidément, oui, « c'est dur d'être aimé par des cons ».

 

Où est Charlie ?

Nulle part ailleurs qu'à sa place, avec pour seule conquête celle de rester le même porte-voix. Dans sa dernière carte postale, Mathieu Madenian, récente recrue de Charlie fige avec clarté l'esprit de la rédaction :

« Quand Charb m'avait proposé d'écrire dans Charlie, il me donnait la possibilité de rejoindre un réseau de résistance, un rassemblement improbable de dessinateurs érotomanes, d'économistes altermondialistes et de bouffeurs de curés réunis autour de l'envie de se marrer, de dénoncer, et surtout soudés par le plaisir de déplaire ».

On ne peut pas plaire à tout le monde : et c'est tant mieux ! La démocratie n'a de raison d'être que dans la diversité d'opinions, d'expressions, de créations. Elle ne formate pas une norme, elle ne hiérarchise pas et fait un pied de nez à la dictature !

 

De nombreux « Même pas peur ! » ont fait trembler le pavé, dans des rassemblements citoyens spontanés, même s'ils n'étaient que les premières foulées manifestantes de beaucoup de Français.

Ce caractère instantané est révélateur de la capacité d'indignation populaire du peuple français. Il est pourtant troublant de constater la rareté de ces élans d'indignation : faut-il un crime pour bousculer le sursaut ?

De même, parce que cette indignation républicaine a enfanté une horde de Charlie, faut-il occulter la présence menaçante de contestataires anti-Charlie en France et dans le monde ? Faut-il feindre de ne pas les voir, de ne pas les entendre ?

Non, les laisser persister dans l'ombre, revient à tolérer silencieusement leurs attitudes ostentatoires, extrémistes et fanatiques. L'élan populaire des Charlie ne doit pas détourner notre vigilance de ces revendications « antis »...anti-Charlie, anti-républicaine, antisémite, etc.

La sauvegarde du contrat social français dépend d'un consensus républicain, que nul Français ne doit nier, ne doit blâmer, ne doit dissoudre.

Quelles attitudes adopter, quelles ressources mobiliser pour entamer une confrontation sereine avec ces dissidents, qui prônent, pour les plus extrêmes, le chaos ?

Nous restons lucides devant le simulacre imposé par ces fanatiques : la religion musulmane n'inspire pas le chaos, aucun amalgame ne peut être entrepris : il serait faux ! Et les pratiquants musulmans, libres d'exercer leurs cultes hors de l'espace laïc, sont respectés dans leurs croyances.

 

La suprême différence entre les oppresseurs fanatiques et leurs résistants Républicains, c'est que les premiers meurent pour des croyances, tandis que les journalistes de Charlie sont morts pour leurs idées, libres de les avoir formulées, en dépit de menaces successives.

Si les faussaires de la liberté se sont sentis heurtés par quelques Mahomet griffonés (au don nouveau d'ubiquité), nous sommes heurtés par leur violence extrême. Sans doute ont-ils bien trop mal vengés leur Prophète.

Les penseurs de Charlie ne sont pas morts en martyrs, soumis à une croyance, ils sont morts en héros, la pensée libre, le crayon brandi.

 

Au nom de cette liberté, il faut craindre toutes ces manipulations intellectuelles, ces défaites de la pensée, cette victoire aveugle de la croyance, qui induisent ces vengeances meurtrières.

Aujourd'hui, nous choisissons de brandir nos Charlie Hebdo, parce que nous sommes fiers de leur audace intellectuelle, de leur plume humaniste. Parce que nous ne craignons pas ces oppresseurs qui cherchent sournoisement le déclin de cette liberté et diversité de pensée, nous le brandissons haut !

La guerre contre l'oppression n'est jamais achevée : la bataille pour la liberté est de nouveau déclarée !

Soyons tous ce soir les sentinelles d'une liberté endormie. Veillons sur elle pour qu'aucune parole ne soit jamais plus ainsi sanctionnée ni bâillonnée. « Debout » et jamais « à genoux » devant l'oppression, ainsi que le voulait Charb.

Expérience vaut-elle leçon ?

Au nom de la diversité d'expression, porter à la tribune cet hommage à Charlie revient à ne pas occulter la nature politique et proprement humaniste de leur étendard.

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